Pas-de-Calais : plutôt que les jeter, un agriculteur distribue gratuitement ses pommes de terre invendues

Et si, au lieu de voir des montagnes de pommes de terre partir à la poubelle, elles remplissaient les paniers de familles entières ? Dans le Pas-de-Calais, un agriculteur a choisi de dire non au gâchis. Il ouvre tout simplement sa ferme, et offre ce qu’il ne peut pas vendre. Derrière ce geste, il y a une histoire de crise agricole, mais aussi de solidarité très concrète.

Une montagne de pommes de terre… et aucun acheteur

Dans la commune de Penin, dans le Pas-de-Calais, l’agriculteur Christian Roussel se retrouve avec un problème très simple à énoncer, mais énorme à gérer : environ 90 tonnes de pommes de terre invendues. Pas quelques sacs. Des dizaines de milliers de kilos.

L’année 2025 a été exceptionnelle côté rendement. Les champs ont donné beaucoup. Trop, même. Les usines de transformation de la région avaient déjà signé leurs contrats. Les volumes étaient bouclés. Résultat : une partie de la récolte reste dehors, sans débouché, alors que les factures, elles, continuent de tomber.

Vous pourriez penser : « Et pour nourrir le bétail ? » L’idée a été envisagée. Mais là encore, le marché est saturé. D’autres producteurs, dans la même situation, essayent déjà de faire la même chose. Le prix chute. Parfois, il devient si bas que le transport coûte plus cher que ce que la patate rapporte.

Plutôt que de jeter, il distribue gratuitement

Face à ce constat, Christian Roussel a pris une décision radicale, mais très humaine : donner ses pommes de terre plutôt que les laisser pourrir. Il organise ainsi une distribution gratuite directement à la ferme.

La distribution a lieu à la Ferme Roussel, 1 rue de Saint-Pol à Penin, un vendredi 13 et un samedi 14 février 2026, de 8 h à 16 h. Les habitants peuvent venir avec leurs sacs, leurs seaux, voire une remorque pour certains. Chacun prend ce dont il a besoin, sans ticket ni justificatif.

La règle est simple : la pomme de terre est gratuite. Pour celles et ceux qui le souhaitent, une cagnotte est mise à disposition. On glisse ce que l’on veut. 1 €, 5 €, plus, ou rien du tout. Ce n’est pas une obligation, mais un geste de soutien pour l’exploitation.

Un geste qui émeut et fait réagir

Sur les réseaux sociaux, l’histoire a rapidement circulé. Les internautes saluent un « beau geste », parlent d’un producteur « généreux », « méritant ». Beaucoup encouragent les habitants à ne pas partir les mains vides, à laisser quelques pièces dans la cagnotte s’ils le peuvent.

D’autres proposent des pistes : et si les collectivités rachetaient ces pommes de terre pour les cantines scolaires ? L’idée semble logique, mais la réalité est plus complexe. La restauration collective doit respecter des normes strictes d’approvisionnement, de traçabilité, de calibrage. Intégrer au pied levé une telle quantité de produits n’est pas si simple.

Certains suggèrent aussi les associations caritatives, comme les Restos du cœur ou le Secours populaire. L’agriculteur n’écarte pas cette possibilité. Il préfère toutefois attendre la fin de la distribution pour voir ce qu’il restera et organiser une éventuelle logistique avec ces structures.

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Derrière la générosité, une vraie inquiétude pour l’avenir

Ce geste solidaire a une face plus sombre : il révèle la fragilité du modèle agricole. Quand les prix sont « historiquement bas » et que le marché ne suit plus, le travail de toute une année peut perdre presque toute valeur économique.

Christian Roussel ne souhaite pas revivre la même situation. Pour les plantations d’avril, il prévoit d’ajuster son organisation. Son objectif : ne planter que ce qui est sécurisé par des contrats clairs. Moins d’aléa, moins de risque de se retrouver avec des tonnes de produits sans acheteurs.

La pomme de terre ne représente aujourd’hui que 8 à 10 % de sa surface agricole. Heureusement pour lui, cela lui permet de diversifier ses revenus avec d’autres cultures. Tous les agriculteurs n’ont pas cette marge de manœuvre. Mais cette stratégie de diversification devient, peu à peu, une question de survie économique.

Comment aller chercher ces pommes de terre sans gêne

Vous habitez dans le coin, mais vous hésitez à venir ? Vous n’êtes pas seul. Beaucoup de personnes en difficulté ont peur de « prendre la place de quelqu’un d’autre » ou de « profiter ». Pourtant, ces pommes de terre, si personne ne les prend, finiront par pourrir.

Venir à la ferme avec quelques sacs, c’est donc plutôt un service rendu : moins de gaspillage, plus de nourriture dans les foyers. Et si vous le pouvez, vous laissez un billet ou quelques pièces dans la cagnotte. Si vous ne pouvez pas, vous repartez quand même avec vos patates. Sans honte.

Que faire de toutes ces pommes de terre à la maison ?

Si vous repartez avec plusieurs kilos, la question arrive vite : comment les conserver et les cuisiner pour ne pas, vous aussi, les gaspiller ? Voici quelques conseils simples.

Bien conserver vos pommes de terre

  • Stockez-les dans un endroit frais, sec et à l’abri de la lumière (entre 6 et 10 °C si possible).
  • Évitez le réfrigérateur, qui modifie leur goût et leur texture.
  • Ne les gardez pas à côté des oignons. Ils se font mûrir mutuellement plus vite.
  • Retirez régulièrement les tubercules abîmés pour éviter qu’ils ne contaminent les autres.

Une recette simple pour les valoriser : la soupe de pommes de terre paysanne

Pour rester dans l’esprit de la ferme, voici une soupe nourrissante, idéale pour utiliser un bon stock de pommes de terre.

Ingrédients pour 4 personnes :

  • 800 g de pommes de terre (à chair farineuse de préférence)
  • 2 carottes (environ 200 g)
  • 1 poireau moyen (environ 150 g)
  • 1 oignon (environ 80 g)
  • 1 gousse d’ail
  • 1,2 l d’eau ou de bouillon de légumes
  • 2 cuillères à soupe d’huile ou 20 g de beurre
  • 1 feuille de laurier (facultatif)
  • 1 branche de thym (facultatif)
  • Sel et poivre à votre goût
  • 4 cuillères à soupe de crème fraîche (facultatif, pour servir)

Préparation :

  • Épluchez les pommes de terre, les carottes et l’oignon. Coupez les pommes de terre en gros cubes de 3 cm, les carottes en rondelles de 0,5 cm.
  • Lavez le poireau et détaillez-le en fines rondelles.
  • Dans une grande casserole, faites chauffer l’huile ou le beurre. Ajoutez l’oignon et le poireau. Faites revenir 3 à 4 minutes jusqu’à ce qu’ils deviennent légèrement translucides.
  • Ajoutez les carottes et les pommes de terre. Faites revenir encore 2 minutes en mélangeant bien.
  • Versez l’eau ou le bouillon. Ajoutez la feuille de laurier, le thym et la gousse d’ail entière, juste écrasée du plat du couteau.
  • Portez à ébullition, puis baissez le feu. Laissez mijoter environ 25 minutes, jusqu’à ce que les pommes de terre soient bien tendres.
  • Retirez le laurier et le thym. Écrasez grossièrement les légumes au presse-purée pour une soupe rustique, ou mixez pour une texture lisse.
  • Rectifiez l’assaisonnement en sel et poivre. Servez chaud, avec une cuillère de crème fraîche dans chaque bol si vous le souhaitez.

Et maintenant, que faire, collectivement ?

L’histoire de cette ferme du Pas-de-Calais pose une question plus large : comment accepter que des tonnes de nourriture partent en perte alors que tant de familles comptent chaque euro ? Entre les normes, les contraintes de marché et la réalité du terrain, la réponse n’est pas simple.

Mais des pistes existent : faciliter les liens entre producteurs et associations, adapter certains cadres pour les dons massifs, encourager la transformation locale ou le stockage. Et, à l’échelle individuelle, soutenir ceux qui, comme Christian Roussel, préfèrent la générosité au gâchis. Parfois, un simple trajet jusqu’à une ferme, un sac de pommes de terre et quelques pièces dans une cagnotte peuvent être un vrai acte citoyen.

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Sarah Morvan
Sarah Morvan

Sarah Morvan est une experte en gastronomie passionnée par les saveurs du monde. Forte de plusieurs années d'expérience dans la rédaction culinaire SEO, elle partage sur Casa Altilio ses découvertes gastronomiques, ses voyages gourmands, ses conseils maison et les dernières actualités du secteur. Sarah sélectionne chaque sujet avec rigueur pour offrir aux lecteurs une expérience riche en inspirations et tendances. Curieuse et perfectionniste, elle met un point d'honneur à allier expertise et accessibilité, rendant la gastronomie et l’art de vivre à la portée de tous, dans le respect des meilleures pratiques SEO.

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